éditions des cahiers intempestifs
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L E B L O G D E S C A H I E R S – P A G E 1

Le Monde diplomatique n°
décembre 2012

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Des hommes de caractères
parmi les coups de coeur de la librairie la hune
21 novembre 2012



La presse en parle

15 novembre 2012

à lire également dans The Glam attitude


des hommes de caractères — note d'intention

24 septembre 2012 par Véronique Gay-Rosier

La typographie offre à la pensée une forme, et donne à voir le langage à travers une symbolique complexe. Présente dans tous les domaines de la vie quotidienne, ayant parcouru l'Histoire et jalonné notre culture, elle n'en demeure pas moins un pan du savoir ignoré des non professionnels. Notre patrimoine typographique nous fait voyager à travers l'espace et le temps à la rencontre d'individus étonnants qui ne dessinèrent pas seulement des lettres mais contribuèrent aussi pleinement à la diffusion du savoir de leur époque, et qui souvent vécurent des vies aventureuses : des hommes de « caractères » !

Les éditions des Cahiers intempestifs leur dédient un ouvrage : La vie librement réinventée de certains de ces créateurs, intellectuels, voyageurs, de ces ambassadeurs de l'écrit qui nous ont légué le nom d'une police, que nous choisissons, amoureux d'un plein ou d'un délié, sur le clavier de notre ordinateur indifférents aux aventures cachées derrière cette simple signature.

John Baskerville, par exemple, à qui Arthur Conan Doyle et Umberto Eco ont, entre autres, rendu un hommage déguisé. Il innova dans toutes les étapes de la fabrication du livre : dessinant des caractères bien sûr, mais aussi améliorant les presses ; inventant le papier vélin, sa douceur (jusqu'à faire lustrer avant impression chaque feuille au fer à repasser), son contraste avec l'encre, révolutionnant la mise en page avec d'amples marges vierges (son édition de Virgile est d'une délectable « modernité »). Graveur d'inscription funéraire, il fit fortune, à trente ans, dans la fabrication de meubles japonais laqués, et pu alors se consacrer à sa passion, la calligraphie, la typographie, l'édition. Dans l'Angleterre puritaine de l'époque, son concubinage avec sa jeune servante (divorcée et mère de 5 enfants) Sarah Eaves fit scandale, et si son œuvre fut, elle aussi, récriée outre manche, elle influença, en revanche, profondément les faiseurs de livres du continent européen, Bodoni en Italie, en France la famille Didot, et impressionne encore de nos jours où, en 1990, la typographe américaine Zuzana Licko réinterprète le Romain de Baskerville et le nomme justement Mrs Eaves.

L'histoire de la typographie est pleine de ces vies hors du commun, de ces rencontres, qui émaillent, dissimulées souvent, notre culture de légendes. Le conte tiré de l'épopée de Gutenberg illustre fort bien le romanesque de ces existences typographiques : l'inventeur des caractères mobiles dépensa tant et tant pour financer l'entreprise d'impression de sa bible dite « à 42 lignes » qu'il dut emprunter de l'argent à Johann Fust. Son projet arrivait presque à terme, voilà que le créancier se présente et lui demande l'entier remboursement de la dette. Devant l'impossibilité de l'imprimeur à payer sur le champ, Fust saisit le matériel de Gutenberg et imprime pour son compte 42 bibles qu'il tente alors de vendre à Paris comme des manuscrits. Après que les Français, effarés, eurent observé la conformité surprenante des 42 volumes, ils décrétèrent qu'il s'agissait bien là d'un œuvre de sorcellerie, et donnèrent ainsi naissance au récit populaire du magicien allemand, le Docteur Faustus, qui dépassa les limites du savoir humain et vendit son âme au diable en échange de la connaissance universelle.

Fi donc des traditionnelles biographies. Les éditions des Cahiers intempestifs, avec cet ouvrage (richement illustré de documents historiques comme de créations artistiques), entendent rendre la saveur de l'histoire du livre, les délices ou les turpitudes des vies qui s'y cachent, et vous invitent à une balade à travers la renaissance, le classicisme, les lumières, le romantisme, les avant-gardes du début du XXe  siècle… à Mayence, Venise, Nuremberg, Paris, Leyde, Birmingham, Parme, Chicago, Londres, Munich ou New York. Johann Gutenberg, Aldo Manuzio, Albrecht Dürer, Claude Garamont, La dynastie des Elzevier, John Baskerville, Giovanni Battista Bodoni, Edward Johnston, Stanley Morison, Paul Renner, Frederic W. Goudy, Herb Lubalin, sous la plume de Paul Fournel, Franck Herbet-Pain, Bernard Collet, Stéphane Bouquet, Pascale Bouhénic et Jean-Noël Blanc. Car qui mieux que des écrivains pour éclairer singulièrement : fantasmer, en toute latitude, la vie de ces hommes amoureux de la lettre et ébaucher ainsi à travers la typographie une croisée d'idées et de rencontres.

des hommes de caractères — préface

21 septembre 2012 par Jacques Claude

 

Vous ouvrez word. Oui, oui, Word, vous savez, le traitement de texte de votre ordinateur, celui qui a remplacé la vieille Remington et les caractères de plomb. Dans le menu «Police» (comme police de caractères, pas police d'assurance), une flèche avec un menu déroulant. Et là, des dizaines et des dizaines de choix: Arial, Baskerville, Bodoni, Cambria, Helvetica, Lucida, etc. etc. En voilà pour tous les goûts!

Rions un peu: ce Comic Sans donnera à votre prose fraîcheur et sympathie. Eh là, attention! Sans y prendre garde, vous entrez en terrain polémique: cette police, créée par Vincent Connare en 1994 pour des programmes destinés aux enfants, et quelque peu surexploitée depuis, fait l'objet d'une guerre intense sur le web depuis quelques années. Pétitions pour sa suppression contre défenseurs acharnés, une vraie bataille d'Hernani est engagée!

Alors bon, le sérieux s'impose, vous devez afficher votre quant-à-soi: un bon Times New Roman vous donnera stature et contenance. Normal puisqu'il fut créé à Londres en 1931 par Morison et Lardent pour le fameux The Times et y vécut 40 ans! Mais là aussi, controverse, l'historien Mike Parker accusant les créateurs de plagiat en 1994, en affirmant que leur police n'était que copie d'une typographie créée en 1904 par le designer William Starling Burgess. et pourquoi pas un peu de futura, c'est joli comme nom, Futura. Oui, voilà, c'est bien le ton que vous voulez donner: moderne, mais responsable, rigoureux, évident. Et pourtant, là encore, que de polémiques sur son créateur, le designer du Bauhaus Paul Renner…

Et hop, le tour est joué. Vos mots courent sur l'écran, avec assurance, confort et légèreté.

Indifférents que vous êtes.

Derrière le menu déroulant des polices, derrière chaque choix proposé, ce sont autant d'histoires, autant d'hommes, autant d'idéologies même.

Car, pour tous ceux qui eurent à créer et à construire l'architecture de l'écriture, du graveur de bas-reliefs romains jusqu'au designer de polices informatiques, l'affaire était sérieuse: il s'agissait, rien de moins, d'offrir à la pensée une forme. De mettre en signes, pour ainsi dire, tout l'univers.

Garamont, auteur du fameux caractère Garamond (et oui, encore une histoire de Dupont et Dupond…), dans le Paris du xviesiècle hanté par la chasse aux idées luthériennes et par les bûchers sorbonnards: «L'art qui m'est familier est une petite chose menue mais un levier pour faire bouger ce monde.»

Goudy, créateur de l'Hadriano, dans l'Amérique d'après-crise de 1931: «Je mets à la lumière du jour les précieux fonds de connaissance et la sagesse longtemps cachée dans les limbes de l'ignorance. (…) Je suis l'armée de plomb qui conquiert le monde. Je suis le caractère typographique!».

Quatre siècles les séparent, et pourtant la même vision de leur mission: construire les signes de la pensée, c'était construire les fondations du monde moderne. Au commencement était le Verbe, encore fallait-il le fixer, le matérialiser. Un acte militant, engagé, politique parfois.

Explorateurs de la pensée, découvreurs engagés, quoi de plus normal que nos Hommes de caractères fussent aussi hommes de caractère, fortes têtes, aventuriers? Ces typographes étaient de drôles de types.

Et pour commencer notre gutenberg: fauché comme les blés au moment de terminer son entreprise d'impression de la Bible, il doit emprunter de l'argent à un usurier, Johann Fust. Celui-ci, ne parvenant à récupérer sa créance, décide de saisir le matériel de Gutenberg, avec lequel il fait imprimer 42 bibles qu'il tente de vendre à Paris comme des manuscrits. Escroquerie qui se retourne contre lui: ses clients, effarés par la parfaite similarité des dits «manuscrits», décrètent qu'il s'agit là d'une œuvre de sorcellerie, et donnent naissance à la légende du docteur Faustus, magicien qui a vendu son âme au diable en échange de la connaissance universelle. À son corps défendant, Gutenberg avait créé le mythe de Faust.

Dans Rome, Naples et Florence, Stendhal raconte sa rencontre avec Bodoni (qu'il date, pas à une supercherie près, du 19 décembre 1816, soit… trois ans après la mort de celui-ci). De passage à Parme pour voir les «fresques sublimes du Corrège», l'écrivain rend visite à l'imprimeur et typographe, véritable célébrité de l'époque. «Ce Piémontais n'est point fat, mais bien passionné de son art», note Stendhal, alors que Bodoni lui présente divers travaux qu'il a réalisés pour des éditions d'auteurs français. Lui exposant la couverture d'un ouvrage de Boileau: «Ah Monsieur! boileau-despreaux dans une seule ligne de majuscules! J'ai passé six mois, Monsieur, avant de trouver ce caractère». Et Stendhal dubitatif de commenter: «Voilà le ridicule des passions, auquel, en ce siècle d'affectations, j'avoue que je ne crois pas.». Deux mondes s'étaient frôlés…

Mais aussi Albrecht Dürer, peintre, graveur, mathématicien, inventeur, et typographe. Homme de la Renaissance par excellence et véritable Léonard du nord; ami et confrère du Vénitien Manuzio, attaché quant à lui à éditer tout ce que la pensée antique ou moderne comptait pour la diffusion de la connaissance. Les Elzevier, travaillant de concert à Amsterdam avec leur voisin Descartes devenu de fait philosophe typographe. Johnston et Gill, les illuminés de Ditchling, réinventant les préceptes Arts and Crafts de William Morris pour la modernité des plans du métro londonien dans les années 1910. Lubalin, génial graphiste américain de l'après-guerre, basculant avec délice du traditionnel au numérique et inventant avant l'heure l'économie des droits typographiques. Et beaucoup d'autres encore.

Et ce cher Baskerville? Pas chien, non content de donner ses célèbres caractères à la Déclaration d'indépendance des États-Unis ou aux œuvres complètes (et alors largement interdites) de Voltaire éditées sous le manteau par Beaumarchais quelques années avant la Révolution française, d'améliorer les presses d'impression, de révolutionner la mise en page, d'inventer le papier vélin, de faire fortune à 30 ans dans la fabrication de laques et la gravure de pierres tombales, il défrayait la chronique de l'Angleterre puritaine du xviiie en vivant en concubinage avec Sarah Eaves, sa jeune servante divorcée et mère de 5 enfants.

Mais que fait la police?!

 

des hommes de caractères
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Convergence des médias :

découvrir le Gunnies'project et le site de la Paper Toy Box

 

Qui l'eût cru ?

par Jacques Claude

Qu'en 2011, à l'heure de Facebook et Twitter, des tablettes et du Kindle, de la réalité virtuelle ou augmentée, le summum de la branchitude créative viendrait de notre bon vieux papier. Découpé, collé, graffé, agencé, le Paper Toy lui redonne une nouvelle adolescence.

25  millions d'occurrences sur Google pour « Paper Toy », 53  millions pour « origami », des milliers de blogs ou sites web sur le sujet, des millions d'adeptes, d'artistes et de performeurs dans le monde qui conçoivent, créent, plient et collent. Mais aussi, et c'est là que le monde moderne est passionnant, qui échangent leurs idées, créations, « patrons », et leur passion, à travers les réseaux sociaux et les blogs.

Nous, on a trouvé ce phénomène plus amusant que de longs poncifs, pour parler de la sempiternelle convergence des médias, des enjeux du « multicanal », des mérites comparés du «matériel» et du « virtuel », de la mort ou pas du papier, etc.

Alors on a créé les Gunnies, gentils êtres de papier, et on leur a donné une âme et une vie sur internet.

Munissez-vous de ciseaux et de colle, et faites connaissance avec Isy Cureuil, voyageur inaccompli et poète intempestif, Gunièvre du Parcgiron, bel esprit des Lumières au temps d'internet, et Augustin Tempestifs, marin irlandais resté au port. Ici ou sur Facebook, écoutez leurs 1001 histoires!

Et puis surtout armez-vous d'imagination et de dextérité : créez votre Gunny à vous, donnez-lui personnalité et humeurs, inventez-lui une histoire, avatarisez-le sur Facebook ou sur www.cahiers-intempestifs.com/papertoybox, et mettez-le en contact avec ses nouveaux amis. Toute une communauté de Paper Toys qui dialoguent et échangent sur le web, c'est sonner l'armistice dans la guerre papier-internet!

Il y aura même des prix pour les Gunnies les plus beaux, les plus originaux, les plus amusants, etc !

Affirmons que la créativité, l'imagination et l'humour ne s'arrêtent pas aux frontières des supports utilisés, fêtons ensemble les noces du papier et du numérique.

 

Les 1001 messages d'Isy
où le baiser volé d'un écureuil de papier

par Véronique Gay-Rosier

Les 1001 messages d'Isy où le baiser volé d'un écureuil de papier « La société hypermoderne se regarde avidement dans le spectacle qu'elle se donne à elle-même, c'est une société sur écrans qui met le monde sur écrans, prend l'écran pour le monde et se prend elle-même pour ce qu'elle a mis sur écran. » Les réseaux sociaux, miroirs d'un monde où la visibilité semble être devenue l'impératif majeur, symbolisent fort bien cette société de l'exhibition et du voyeurisme centrée sur une théâtralisation de l'existence, et incarnent habilement la généralisation d'une forme contemporaine de panoptique. À l'inverse des temps philosophiques de la caverne, «savoir» dans la société du web se revendique comme avant tout comme «voir». C'est la revanche de saint Thomas dans le glissement d'un monde dominé par la parole (pensée) à un monde contrôlé par les diktats du visible. Nombre de penseurs s'interrogent d'ailleurs aujourd'hui, à l'aulne des supports contemporains de ce regard – supports démultiplicateurs, instantanés, éphémères – sur l'effacement de la notion «d'autrui» et estiment que «présenter de soi des images», constamment, en quantité innombrable, sous peine de ne plus exister aux yeux de la société, est une quête sisyphéenne. Produire, sans répit, du «visible» au sein d'espaces de dialogues virtuels – dits d'ailleurs «non-adressés» – est, en effet, lu comme un écueil menant in fine à l'aveuglement de l'individu qui, à peu de frais, et inlassablement, se construit un moi virtuel plus conforme à ses désirs que son être réel.

Cependant, amplifier les résonances intimes de sa propre vie n'est pas étranger, toutes proportions gardées, à une certaine démarche créative. Aussi, loin des critiques stériles qui attaquent régulièrement notre hypermodernité et sa vacuité, nous ambitionnons, avec la Paper Toy Box, d'inviter à cette injonction prométhéenne à se « produire » soi-même, et à inventer, à partager entre internautes, un "voyage inaccompli".

En plus d'un coffret "physique" habité par 3 Gunnies, de sympathiques Paper Toys, et nombre d'accessoires imprimés liés au thème du voyage, l'originalité de la démarche est d'offrir l'accès, grâce au support papier, à une certaine "reconnaissance" sur le web.

Une réhabilitation de notre vieux papier, devenu ainsi summum de la "branchitude", à l'heure du "tout réseaux digitaux", où les Papers Toys, versions contemporaines des pliages d'antan et des origami japonais, connaissent un engouement étonnant, frisant le phénomène de mode, notamment auprès d'une population jeune, créative, et dans les milieux du graphisme. Les réseaux sociaux servent ce phénomène, puisque ses adeptes se servent de blogs, Facebook et consors pour créer des plates-formes de présentation de leurs créations, des sites d'échanges de formes de découpes, des forums de discussion etc. A la requête "Paper Toys", 22,5 millions de résultats google! Télécharger un modèle, l'imprimer pour ensuite le découper, le plier, le coller, et de surcroît le faire sien en customisant son corps de papier.

C'est dans l'optique d'allier les élans créatifs à une certaine théâtralisation de notre "hypermodernité"(théâtralisation à laquelle se prêtent parfaitement les règles collaboratives du Paper Toys), que nous invitons, parallèlement, d'une part chaque internaute qui le souhaite à imaginer, à faire vivre son propre Paper Toy, et convions, d'autre part, des artistes, auteurs, musiciens à exposer, raconter, ou étoffer musicalement, l'aventure imaginaire de sculptures de papier. Monstration à la fois virtuelle (site internet qui dévoile un musée des Paper Toys, des animations en réalité augmentée, des galeries de photos collaboratives ouvertes à tout internaute, un espace d'expérimentation artistique qui réunit artistes confirmés comme jeunes talents...) mais également exposition tangible (au sein de la Paper Toy Box, d'une galerie d'exposition, et d'un concours avec dotation...).

Surfant ainsi sur la fureur que les Paper Toys suscitent sur le web, ce versant collaboratif où chacun sera amené à créer physiquement sa sculpture de papier et à la faire vivre virtuellement, est une invitation à revisiter les codes de ce nouveau « graphe social » (son aspect collaboratif, son recours à l'humour ), mais, cette fois, à l'initiative du papier et de ses dispositions propres à "supporter" avec brio la littérature, les arts plastiques, nombres d'arts appliqués, et toute forme de créativité.

Partager son Paper Toy sur Facebook sans se refuser le plaisir de rédiger une des cartes postales de la Paper Toys Box et de retrouver ainsi la sensualité de ce média ancien et sensible. Visiter un musée virtuel après avoir tourné les pages d'un livre retraçant l'art du pliage. Décorer son bureau des sculptures de papier que vous venez de couper/coller tout en suivant leurs aventures virtuelles sur votre écran d'ordinateur... n'est ce pas rejouer, avec jubilation, l'émergence du "multicanal", et rappeler avec humour que le papier demeure bien au cœur de notre modernité?

La thématique d'une telle convergence des média empruntera à Fernando Pessoa l'idée de son "Voyage inaccompli". Isy Cureuil, notre personnage vedette, aura, comme but rituel «d'aller en quête de ports inexistants»). Étrange manie qu'avait le maître de l'intranquilité de créer, en secret, des hétéronymes (4 accéderont à la célébrité : Ricardo Reis, Alberto Cairo, Bernardo Soares et Alvaro de Campos). Présents quelque fois simultanément, et sous des styles différents, dans des revues de poésie (sans qu'on ne devine jamais, du vivant de Pessoa, le subtil montage de ses nombreux doubles littéraires) se critiquant mutuellement, discutant ensemble de problèmes poétiques. Quand Pessoa fit mourir le plus âgé de ses avatars, Alberto Cairo, ce fut alors Alvaro de Campos qui fit son éloge funèbre au cours duquel il regretta ouvertement que Fernando Pessoa fût absent lors de l'enterrement de leur maître ! « Nous avons tous deux vies, la vraie, celle que nous rêvons dans notre enfance et que nous continuons à rêver, adultes, sur fond de brouillard, la fausse qui est celle que nous vivons dans nos rapports aux autres. » L'auteur au patronyme déjà singulier – qui aurait pu ironiquement répondre « Personne » au Cyclope – nous dévoile une voie de navigation, celle de tous les rêves du monde, en compagnie, ici, d'avatars 320 grs auxquels les internautes, feront justement vivre toutes ces chimères. « Je fus, moi, créateur de tout… tout sentir de toutes les manières, tout vivre de toute part ».

Un "Voyage inaccompli" donc, sur les traces d'un écureuil en papier et de ses nombreux amis qui appartiennent pleinement à une société où Esse est percipi, mais dont les pérégrinations imaginaires de par le monde, nourriront leur intériorité de papier. Graphe social, voyage virtuel, agora, theatrum mundi, nouvelle cartographie des échanges, fai da te, créativité, musique des langues du globe, sont, entre autres, les "boarding pass" de ces avatars, pixel par pixel, point de colle par point de colle, coup de ciseaux après coup de ciseaux, pour ré-enchanter notre hypermodernité.

Isy Cureuil est comme Shérazade, il raconte chaque jour une histoire pour tenir l'internaute en haleine : gageons qu'il lui faudra moins de 1001 messages pour faire reconnaître du papier les qualités de cœur et d'esprit qui le sauveront à coup sur de sa mort trop souvent prophétisée! Et si, réitérer ainsi, avec humour, allégresse, légèreté, voire impertinence, notre fidélité au support papier peut, loin des discours lénifiants et moralisateurs, paraître à certains quelque peu "intempestif ", rétorquons leur à l'instar de Maupassant qu' "un baiser légal ne vaut jamais un baiser volé"

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